AMPK et mTOR

Tu t’es déjà demandé ce que sont, comment fonctionnent et à quoi servent AMPK et mTOR ? Aujourd’hui, on t’explique tout et on répond à ces questions.

Qu’est-ce que AMPK et mTOR

AMPK et mTOR sont deux régulateurs biomoléculaires du métabolisme pour atteindre un équilibre énergétique selon la situation dans laquelle on se trouve :

  • AMPK prédomine sur mTOR au 30e kilomètre d’un marathon
  • mTOR prédomine sur AMPK après un repas post-entraînement riche en nutriments.

Ces deux notions ont été largement déformées par les médias, qui ont tenté de réduire au minimum un domaine aussi complexe que la transcriptomique.

Entraînement

Actuellement, quasiment tout ce qu’un utilisateur moyen connaît sur ces deux cibles moléculaires est erroné à cause d’une vision partielle.

Avant tout, je tiens à dire que cet article abordera un angle basique et superficiel de ces concepts, avec un langage aussi compréhensible que possible.

Il faut garder en tête qu’on parle d’un domaine d’étude extrêmement complexe qui nécessite une bonne compréhension de champs comme la métabolomique ou la protéomique.

On y va !

Qu’est-ce que AMPK

AMPK est une protéine kinase avec un domaine sérine/thréonine qui agit comme un régulateur et un capteur clé dans la régulation de l’énergie cellulaire, son activation favorise le catabolisme et inhibe l’anabolisme, augmentant la production d’énergie à partir de substrats et inhibant la consommation d’énergie dans les réactions de réduction.

AMPK signifie protéine kinase activée par AMP.

L’AMP est un sous-produit de la dégradation de l’ATP, notre monnaie énergétique.

Donc, quand les concentrations d’AMP intracellulaire augmentent, cela signifie que le ratio ATP:AMP diminue, c’est un signal de privation énergétique qui active AMPK en se liant aux récepteurs de sa sous-unité gamma affinitaires à l’AMP.

Adénosine

Figure I. Structure de l’adénosine phosphate (mono-, di- et tri-).

AMPK est composé de 3 sous-unités (alpha, beta et gamma), chacune ayant une affinité pour un signal différent ; et à son tour, chaque sous-unité est composée de sous-types, alpha 1, 2 ; beta 1, 2 ; gamma 1, 2, 3…

AMPK est aussi un terme utilisé de façon généralisée mais erronée car AMPK est une famille de 13 kinases que l’on trouve dans le génome humain et il faut préciser à quelle isoforme on fait référence pour éviter les confusions.

Cependant, dans cet article, AMPK sera traité comme un concept générique pour ne pas alourdir le sujet.

Mais il est important de comprendre qu’AMPK n’est pas quelque chose de simple et statique, mais un ensemble de protéines, avec des unités et sous-unités qui remplissent des fonctions spécifiques et se distribuent de façon hétérogène dans les tissus de l’organisme.

Qu’est-ce que mTOR

mTOR est une protéine kinase avec un domaine sérine/thréonine qui forme des complexes fonctionnels avec d’autres protéines, d’où son nom mTORCx, qui s’exprime à son tour en deux sous-complexes :

  1. mTORC1
  2. mTORC2

Chacun possède des sous-unités spécifiques : mTOR, Raptor, mLST8, PRAS40 ; et mTOR, Rictor, mSin1, Protor, mLST8 ; respectivement.

Ces unités influencent l’activité de chaque complexe mTOR de manière différente, répondent à différents stimuli chimiques, et il est important de connaître le rôle de chaque sous-unité pour savoir exactement de quoi on parle quand on évoque “mTOR”.

Énergie

Mais c’est un aspect dans lequel je ne vais pas non plus m’attarder, on parlera de mTOR en se référant à mTORC1 et je parlerai toujours du complexe comme concept global sauf si je fais référence spécifiquement à une des protéines qui le composent.

mTOR agit comme un régulateur des processus anaboliques au niveau cellulaire : il module la croissance cellulaire, accélère le cycle cellulaire, favorise la survie cellulaire et inhibe l’autophagie.

Quelle est la relation entre AMPK et mTOR

Pas besoin d’être un génie pour se rendre compte qu’on parle de deux concepts opposés, non ?

  • AMPK est un capteur de faible statut énergétique, qui favorise le catabolisme pour obtenir de l’énergie ;
  • mTOR est un complexe protéique qui agit comme un promoteur de la dépense énergétique pour la biosynthèse de macromolécules.

REDOX

Figure II. Réactions REDOX.

Ce n’est pas si simple, mais en gros c’est ça : AMPK “casse” pour nous donner de l’énergie et mTOR dépense de l’énergie pour “construire”.

Il est important qu’un équilibre existe entre ces deux protéines, car il y a une relation négative généralisée entre elles (il y a quelques exceptions mais cela dépasse le cadre de cet article).

Donc elles agissent comme dans une course de relais

Relais

Figure III. Témoin dans une course de relais.

D’abord l’un court et passe le témoin à l’autre pour qu’il continue la course, et ainsi de suite pour que tout fonctionne correctement dans l’organisme.

La surexpression de l’un des deux complexes conduit à une dérégulation qui provoque des altérations dans l’état de santé des personnes.

Perdre l’équilibre entre ces deux capteurs n’est pas simple, mais quand ça arrive, apparaissent :

  • Cancers et maladies neurodégénératives à cause d’une croissance cellulaire incontrôlée et d’excitotoxicité ;
  • Maladies métaboliques comme le diabète de type II ou l’obésité ;
  • Maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde et les maladies auto-immunes.

Dérégulation équilibre AMPK/MTOR

Figure IV. Mécanisme par lequel la dérégulation de l’équilibre AMPK/mTOR conduit à l’apparition, au développement et à la résistance des tumeurs.

Eh bien nous voilà, obstinés à :

  • “…combien d’heures dois-je jeûner pour bloquer complètement mTOR…”; ou
  • “…à quelle fréquence dois-je manger pour que AMPK ne bloque pas mTOR et ne m’empêche pas de grandir ?…”

Ce n’est pas si simple, nom d’une pipe !

Comment fonctionne AMPK

Comme on l’a dit, AMPK est composé de 3 sous-unités :

  • alpha : s’active par l’activation préalable de kinases qui “viennent avant”.

Imagine une cascade, la signalisation intracellulaire fonctionne ainsi : des protéines ou facteurs de transcription s’activent, en activent d’autres, en bloquent certains…

Et ainsi apparaissent des effets physiologiques.

Signalisation

Figure V. Exemple de cascade de signalisation initiée après la consommation de kurozu, resvératrol et restriction calorique, médiée par SIRT1 et AMPK avec les effets physiologiques finaux.

  • beta : capteur important des concentrations de glucose (et glycogène)
  • gamma : capteur énergétique important, sensible au ratio ADP:AMP.

Activation de AMPK

L’activation de AMPK se fait par différents mécanismes, entre autres facteurs :

  • Augmente le transport des acides gras vers la mitochondrie, favorisant l’oxydation des graisses ;
  • Augmente la translocation de GLUT4 vers la membrane cellulaire, favorisant l’entrée du glucose dans la cellule et un état hypoglycémique ;
  • Régule l’activation de PGC-1α, favorisant la biogenèse mitochondriale et inhibe un modulateur de la gluconéogenèse hépatique, empêchant la conversion du glucose en glycogène.

Activation AMPK

Figure VI. Activation et fonctions de AMPK.

AMPK est une kinase “d’urgence”, si l’énergie baisse, elle le détecte et passe en “mode survie” pour l’obtenir coûte que coûte.

Elle dégrade les structures cellulaires endommagées pour en extraire de l’énergie ; des structures qui doivent être recyclées pour que tout aille bien au niveau organique, la fameuse autophagie dont on parlera plus tard.

Avec AMPK en tête, tu ne construis pas, tu détruis et tu assainis.

Comment fonctionne mTORC1

mTOR fait partie de 2 complexes fonctionnels : mTORC1 et mTORC2.

mTORC1 est le plus important pour nous, car c’est celui qui est sensible à nos changements de comportement : comme l’alimentation ou le repos.

mTORC2 répond à l’insuline et aux facteurs de croissance, qui, même s’ils peuvent être modulés par nous-mêmes, ne sont pas aussi simples à contrôler.

mTORC2 agit comme un promoteur de la phosphorylation de mTORC1.

Quand mTORC1 s’active-t-il ?

En présence de concentrations de glucose dans la cellule, d’acides aminés, et en général d’énergie ;

De plus, à la détection de promoteurs de la croissance cellulaire (ici entrent aussi les facteurs de croissance).

mTOR comprend qu’il y a de l’énergie, des réserves, on peut se mettre à construire et dépenser des ressources sans crainte, car il y en a en surplus, il le détecte.

Activation mTOR

Figure VII. Activation et fonctions des deux complexes mTOR.

Leucine et mTOR

Un des sujets les plus abordés est l’activation de mTORC1 par la leucine, ce qui, certes, est une vision partielle d’un sujet complexe.

Les acides aminés en général, leur concentration, en particulier la présence de leucine et d’arginine dans la cellule modulant la sous-unité RAPTOR de mTORC1.

Ils y parviennent grâce à l’activation d’une sous-famille de GTPases appelées Rag, qui interagit de façon unidirectionnelle avec RAPTOR.

Disponibilité d’énergie

Figure VIII. Effets de deux conditions de disponibilité énergétique sur l’(in)activation de mTOR.

Cette interaction conduit à l’activation ou à l’inactivation de mTOR et donc à la réponse que recevra l’organisme. Quel sera l’ordre : construire ou détruire ?

C’est pourquoi il est important (entre beaucoup d’autres choses) de consommer des protéines pour gagner de la masse musculaire ; et des calories !

On a besoin d’un surplus énergétique pour activer un des principaux (mais pas le seul) mécanismes de croissance cellulaire : mTORC1.

mTORC1 est aussi un modulateur important de la biogenèse ribosomale, c’est-à-dire de la prolifération des organites où sont fabriquées les protéines qui feront ensuite partie de notre tissu musculaire.

Synthèse ribosomale

Figure IX. Synthèse ribosomale des protéines avec ARNm et ARNt.

Quelle est l’interaction entre AMPK et mTOR

La relation entre AMPK et mTOR est complexe, et même si on la résume grossièrement par : “antagonisme”, les mécanismes laissent la porte ouverte à des interactions positives possibles entre ces deux facteurs.

En gros, la relation entre ces deux protéines est la suivante :

Relation biomoléculaire

Figure X. Relation biomoléculaire entre AMPK et mTOR.

Une vision simplifiée mais assez précise de l’ossature centrale de la voie.

mTORC1 s’active avec l’augmentation de la concentration d’acides aminés intracellulaires (via Rag/RAPTOR), avec l’augmentation générale de la disponibilité énergétique et en présence de facteurs de croissance via mTORC2.

L’activation de mTORC1 inhibe 4EBP1, un membre de la famille 4EBP qui inhibe à son tour eIF4E, un initiateur de la traduction des protéines.

Elle active aussi la kinase S6, une protéine directement liée à la synthèse protéique et à la croissance cellulaire.

Effets mTOR

Figure XI. Effets de mTORC1 et activation en aval sur la synthèse protéique musculaire.

mTORC1 est directement inhibé par le blocage de la phosphorylation de RAPTOR par AMPK, donc AMPK possède un mécanisme direct d’inhibition de mTORC1.

Rheb est le promoteur le plus direct de l’activation de mTORC1, qui est aussi bloqué directement par un mécanisme indépendant d’AMPK mais dépendant de la faible disponibilité énergétique dans la cellule : PRAK.

AMPK active aussi TSC, deux complexes fonctionnels qui bloquent Rheb, donc AMPK possède aussi des mécanismes indirects de blocage de mTORC1, TSC est inhibé par l’activation de la voie de l’insuline dépendante de PI3K-Akt qui régule aussi mTORC2, donc ce sous-complexe a la capacité de contrer l’action d’AMPK sur l’inhibition de mTORC1.

Cascade d’activation

Figure XII. Cascade d’activation IRS-PI3K-AKT sur l’activation de mTORC1.

Quelle est la relation avec l’autophagie ?

De la même façon, les deux régulent l’autophagie :

Un processus dégradatif où les composants cellulaires structurellement ou fonctionnellement endommagés sont “marqués” pour leur dégradation (recyclage).

AMPK favorise l’autophagie via l’activation du complexe ULK1, tandis que mTOR l’inhibe en phosphorylant un autre domaine du même complexe :

Phosphorylation

Figure XIII. Activation et inactivation de ULK1 par phosphorylation médiée par mTORC1 et AMPK.

Ces deux mécanismes régulent le processus d’autophagie, qui à son tour régule des processus comme le vieillissement, l’apparition de certains types de cancers, des altérations neuroendocrines…

Conclusions

Tant qu’ils restent équilibrés physiologiquement, il n’y a aucun souci à se faire.

Ni besoin de jeûner, ni de restreindre quoi que ce soit… ne vous inquiétez pas trop des mécanismes moléculaires sous-jacents à certains effets physiologiques et concentrez-vous sur le maintien d’un mode de vie aussi sain que possible, en accord avec vos objectifs.

Autophagie

Figure XIV. Effets de l’autophagie dans l’organisme.

Sources bibliographiques

  1. Inoki, K., Kim, J., & Guan, K.-L. (2012). AMPK and mTOR in Cellular Energy Homeostasis and Drug Targets. Annual Review of Pharmacology and Toxicology, 52(1), 381–400.
  2. Jeon, S. M. (2016). Regulation and function of AMPK in physiology and diseases. Experimental & Molecular Medicine, 48(7), e245.
  3. Kim, J., Yang, G., Kim, Y., Kim, J., & Ha, J. (2016). AMPK activators: Mechanisms of action and physiological activities. Experimental and Molecular Medicine, 48(4), e224.
  4. Puertollano, R. (2014). mTOR and lysosome regulation. F1000Prime Reports, 6, 52.
  5. Sancak, Y., Peterson, T. R., Shaul, Y. D., Lindquist, R. A., Thoreen, C. C., Bar-Peled, L., & Sabatini, D. M. (2008). The rag GTPases bind raptor and mediate amino acid signaling to mTORC1. Science, 320(5882), 1496–1501.
  6. Saxton, R. A., & Sabatini, D. M. (2017). mTOR Signaling in Growth, Metabolism, and Disease. Cell, 168(6), 960–976.
  7. Viollet, B., Horman, S., Leclerc, J., Lantier, L., Foretz, M., Billaud, M., … Andreelli, F. (2010). AMPK inhibition in health and disease. Critical Reviews in Biochemistry and Molecular Biology, 45(4), 276–295.
  8. Zarogoulidis, P., Lampaki, S., Francis Turner, J., Huang, H., Kakolyris, S., Syrigos, K., & Zarogoulidis, K. (2014). mTOR pathway: A current, up-to-date mini-review. Oncology Letters, 8(6), 2367–2370.

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Au sujet Alfredo Valdés
Alfredo Valdés
Il est spécialiste de la formation en physiopathologie métabolique et des effets biomoléculaires de l'alimentation et de l'exercice physique.
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2 commentaires
    • Bonjour,
      J’ai quelques questions:
      Je m’entraîne en musculation en salle (je suis actuellement
      en surplus calorique, car je suis en période de prise de poids) et
      avant mon entraînement je consomme un supplément d’ATP
      De la marque PEAK ATP (400mg) afin d’avoir plus d’énergie pendant ma séance .
      Également pendant ma séance je consomme 30g de peptopro et 30g de maltodextrine, afin d’avoir une source d’énergie pendant ma séance et de favoriser l’anabolisme ou du moins minimiser le catabolisme.
      Et je viens de commander des gélules d’extrait de jiaogulan et de berberine (pour activer l’AMPK) car j’avais dans l’idée de favoriser et aider l’utilisation du glucose et des lipides pendant mes séances.

      Mais au vu de votre article, si j’ai bien compris AMPK empêche l’activation de mTOR et vice et versa…

      Donc mes questions, la consommation simultanée d’activateurs de l’AMPK, d’ATP et d’activateur de l’anabolisme (comme mTOR, par l’ingestion de protéine) est-elle inutile ?
      Qu’est ce que cela va provoquer ?
      Y a t-il un intérêt ? (Peut-être un anabolisme musculaire et un catabolisme des lipides simultané ?) ce qui serait le rêve !

      Merci pour cet article et pour votre futur réponse.

      • José Miguel Olivencia

        Bonjour, il n’est pas possible de stimuler simultanément les deux voies. Cependant, c’est la formation elle-même qui marquera l’un ou l’autre; de manière générale, un entraînement en force favorise l’activation de mTOR. Cordialement.

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